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Articles – Alphabets

Table des matières

- Résumé d’atelier – Les nombres

- Résumé d’atelier – Neuland

- Résumé d’atelier – Capitale romaine – Julian Waters

- Résumé d’atelier – Lettrines – Peter Thornton

- Résumé d’atelier – L’Anglaise

- Résumé d’atelier – L’italique – Sheila Waters

- Résumé d’atelier – L’Anglaise – Yannick Durand

LES NOMBRES
Par Karen Poulsen

Résumé d’un atelier donné par Nancy Culmone, calligraphe du Nouveau Mexique, originalement publié dans L’Arabesque, Printemps 1991.

(fig. 1)

Nancy a débuté la journée en nous posant deux questions. D’abord, pourquoi on s’était inscrit à cet atelier, qu’est-ce qu’on espérait y apprendre? Plusieurs ont exprimé leur désir de mieux connaître les nombres; surtout qu’ils sont habituellement présentés comme une arrière-pensée dans l’apprentissage d’un alphabet. Pourtant, les nombres sont souvent un élément important, et méritent plus d’attention que cette approche leur accorde.

La seconde question : “Quel est votre nombre préféré?” Nancy a mentionné que presque tout le monde choisit des nombres premiers, divisibles seulement par eux-mêmes. Les nombres ont des aspects mathématiques et mystiques, en plus de nos considérations calligraphiques.

Bien que nous les appelions « nombres », le mot NOMBRE représente le concept ou symbole, alors que le CHIFFRE est le feu, la marque qui représente le nombre. Aucun des alphabets anciens n’était écrit avec des chiffres. Les nombres étaient soit écrits au long (« onze ») ou en chiffres romains (« XI »). Les chiffres arabes étaient utilisés pour des fins de commerce, pour des transactions monétaires, et étaient associées aux écritures cursives.

Les anciens chiffres ne sont plus reconnaissables de nos jours.  De leur ancienne configuration de traits droits, ils se sont vite transformés sous les mains rapides qui les écrivaient. Il se pourrait même que l’invention des chiffres pré-date celle des lettres. Même dans notre vie personnelle, plusieurs d’entre nous apprennent à lire les chiffres avant les lettres.

Les chiffres non-alignés (voir figure 2 ci-dessous) sont historiquement plus authentiques, et avaient été développés pour accompagner les majuscules et les minuscules. Les chiffres alignés (voir figure 5 ci-dessous) ont été créés au siècle dernier, et sont une adaptation moderne. (1)

Comme premier exercise nous avons attaqué les chiffres historiques, basé sur le « O » rond de l’écriture humanistique. Nancy préfère utiliser la lettre ‘O’ pour son zéro; mais si le contexte porte à confusion, le zéro pourra être dessiné plus étroit. Voici un exemple des chiffres humanistiques de Nancy :

(fig. 2)

Nancy suggère deux exercices pour pratiquer les nombres. Le premier est un « collier de O », où on alterne le zéro avec les autres chiffres. Le second exercice, pour développer notre sens dee formes et proportions, consiste à tracer des « O » avec de l’eau sale, puis d’y superposer les chiffres avec de l’encre :

(fig. 3)

Nous avons ensuite adapté les chiffres non-alignés pour l’italique, et refait les deux exercices. Voici encore un exemple de Nancy :

(fig. 4)

Les chiffres alignés, quant à eux, ont tous la même hauteur que les majuscules, mais la lettre « O » devrait être plus ronde que le zéro :

(fig.5)

Nous avons travaillé les chiffres pour l’Anglaise avec, au choix, un crayon plomb ou une plume pointue, et Nancy a démontré leur exécution en utilisant une plume Whopper Plate. (2)

(fig.6)

Les styles Neuland et Onciale sont plus difficiles parce que les chiffres sont plus écrasés :

(fig.7)

Comme dernier exercice, nous devions jouer avec notre chiffre préféré, avec une plume large. On pouvait tracer le chiffre partout sur la page, tourner la page, faire des textures en chiffres, les superposer… On pouvait décomposer les éléments de plusieurs chiffres, en savourant chaque trait, ou encore décomposer un seul chiffre en éléments éparpillés sur la page.

À la toute fin, nous avons collé les résultats du dernier exercice au mur pour apprécier les résultats.  Quelle merveilleuse journée, et comme les nombres peuvent être pasionnants! Nancy était une super professeure, amicale et encourageante.  Elle a donné beaucoup d’aide individuelle, et partageait des tonnes de conseils et d’histoires spéciales.

Notes du webmestre:

(1)  Les chiffres non-alignés sont aussi connus sous les noms chiffres elzéviriens, chiffres minuscules, chiffres français, et chiffres suspendus.

(2) Le Whopper Plate une sorte d’instrument qui utilise deux plumes pointues. Il ne semble plus s’en fabriquer. Pour une image d’un Whopper plate / Riesen-Spitzfeder : http://www.reinschrift.de/019c0f981c0855004/index.htm (texte en allemand seulement)

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NEULAND

Par Marlene Elliott

Résumé d’atelier qui était paru dans L’Arabesque de juillet 1986.

L’alphabet Neuland a été créé par Rudolph Koch (1874-1931, calligraphe et typographe de la fonderie Klingspor Typ, en Allemagne. Il enseignait également le lettrage à l’école Offenbach des arts et métiers.

Cet alphabet, originalement gravé dans le bois, est reconnu pour ses lignes épurées et lisibles. La contreforme, comme pour tout alphabet, est tout aussi importante que la forme elle-même des lettres.  Il fut aussi se rappeler que les lettres Neuland sont légèrement cambrées plutôt que courbées très rond.

Nous avons ensuite commencé à écrire les lettres, avec une pointe Speedball C0. La hauteur des lettres est déterminée par la lettre « E »; c’est-à-dire qu’on dessine trois traits horizontaux, légèrement espacés. (Pour compléter le « E » il suffit de relier ces trois traits par une verticale.)

(fig. 1)

Il est très important que le début et la fin des traits aient des bordures très nettes. Pour obtenir un effet légèrement évasé, donnez un peu plus de pression sur la plume au début et à la fin du trait (ce n’est pas aussi facile qu’on pense!). Ensuite, en utilisant une anche de clarinette ou un morceau de placage en bois, nous avons joué avec des teintes d’encre foncées et claires pour créer de jolis contrastes. (Note de l’éditeur : Vous pouvez utiliser un bâton de balsa; c’est moins dispendieux et plus facile à trouver.)

(fig. 2)

Nous avons aussi pratiqué avec des plumes Speedball B4, B5 et B6, sans portées, ce qui a donné un effet plus dynamique. Dans un autre exercise, nous avons dessiné des lignes horizontales avec un bâton ou un pinceau, et nous avons ensuite écrit sur et entre les lignes. Pour varier cet alphabet aux lignes très larges, nous avons écrit avec le côté de la plume ou du bâton, pour dessiner des traits très minces.

(fig. 3)

L’apprentissage de cet alphabet était excitant et a certainement valu la peine. Avec ces bons conseils, nous avons rapidement obtenus d’excellents résultats.

(fig. 4, 5 et 6)

(1) Note de l’éditeur : Vous pouvez utiliser un bâton de balsa; c’est moins dispendieux et plus facile à trouver.

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INTRODUCTION À LA CAPITALE ROMAINE AVEC JULIAN WATERS

Par Karen Fullerton

Cet article détaillé et bien illustré a été rédigé après la tenue d’un atelier par le calligraphe renommé Julian Waters; l’article était paru dans L’Arabesque en décembre 1985.

Les 11 et 12 mai 1985, la Société a eu le privilège de recevoir Julian Waters à Montréal pour un atelier sur la capitale romaine. C’était une fin de semane excitante car Julian, déjà inspirant comme calligraphe, et aussi un très bon professeur.

Nous avons commencé avec l’étude de la forme de base des lettres. Julian a expliqué comment chaque lettre entre dans un carré optique (qui est égèrement plus étroit que sa hauteur), tout en démontrant les particularités qui donnent à chaque lettre son poids et son équilibre, c’est-à-dire la hauteur des barres, l’ouverture légèrement évasée qui donne la force du C et du G,  et la tension qui est la clé des formes rondes (B, D, P, R & S) — surtout pour D et S, créés par des courbes juste assez arrondies pour ressentir l’air à l’intérieur de la contreforme — et plus encore. Julian traçait tous ses exemples sur des feuilles gigantesques attachées au mur.

(fig.01-02-03)

Julian a ensuite décrit l’espace entre les lettres, passant en revue toutes les combinaisons possibles de verticales, de diagonales et de courbes, expliquant du même coup les principes des espaces positifs et négatifs. Il a souligné l’importance de percevoir le blanc comme un espace « vivant » se mouvant à l’intérieur et autour des lettres. Ce principe a été démontré très clairement dans sa démonstration des lettres T et Y; alors qu’elle ont besoin d’être plus rapprochées à cause de l’énorme espace blanc qui les compose, si elles se touchent elles sont trop collées, et le flux de l’espace blanc est coupé. Essayez de votre côté!

Alors que nous commencions à pratiquer, Julian nous a dit, en guide d’avertissement et de réconfort, que le but d’un atelier était de voir et d’absorber, et pas d’obtenir la perfection; nous pourrions étudier la capitale romaine une vie durant et toujours apprendre plus. Nous avons d’abord attaqué les lettres avec des traits à largeur égale, avec des crayons feutres ou la pointe B de Speedball; nous avons écrit des lignes et des lignes de mots et de combinaisons de lettres, tentant d’obtenir un espacement équilibré à l’intérieur de chaque mot, ainsi que dans la texture générale, dans l’effet sur la page.

Samedi après-midi, Julian a sorti des crayons feutres biseautés géants et a repris tout l’alphabet, insufflant ainsi de la vie dans les lettres monolignes du matin. Il a démontré les subtilités de l’angle de la plume (environ 30?, avec des variations pour les diagonales et certaines verticales) et de la pression pour créer les pleins et les déliés (qui sont à peu près la moitié de la largeur des pleins). Le reste de la journée, nous avons pratiqué, tout en s’ajustant suite aux commentaires et suggestions de Julian. Il n’a pas donné de règles précises pour la hauteur des lettres, l’angle de la plume,  ou la façon de tenir la plume et le papier. Il voulait plutôt qu’on découvre par nos essais ce qui fonctionnait le mieux pour chacun de nous, car il y a plusieurs façons d’écrire la capitale romaine; on doit trouver un bon modèle et apprendre, pratiquer et mémoriser les formes, et toujours visualiser la lettre avant de l’écrire.

(fig. 04 & 05)

Dimanche on a ajouté le détail final – les empattements. Encore une fois Julian a souligné les possibilités « infinies », tout en nous donnant quelques règles importantes à suivre. L’empattement devrait être une continuité, un renflement  du trait principal;  on ne doit pas voir où il commence, car il commence en réalité au milieu du trait principal. Dans nos choix d’empattements, nous devons être consistants pour l’ensemble de l’alphabet; par exemple, si on place un empattement en haut du A, on en mettra un également en haut du M et du N.  Enfin, on doit toujours entrer et sortir des lettres de la même façon — les empattements seront légèrement concaves.

Julian a démontré différentes techniques : utiliser plusieurs traits pour dessiner et remplir la forme ou, plus difficile mais plus amusant, utiliser moins de traits mais changer souvent l’angle et la pression de la plume. Finalement, il nous a montré comment obtenir les verticales légèrement concaves, en repassant une seconde fois sur le trait, ou en changeant seulement l’angle ou la pression de la plume.

(fig .06)

On s’est amusés tout l’après-midi! Julian nous a donné un exercice de design— une affiche déjà faite avec un espace limité laissé au texte.  Chacun apportait ses solutions, tout en pratiquant l’alphabet du jour.

(fig.07)

C’était une fin de semaine très appréciée. Je suis repartie marquée non seulement par le talent artistique de Julian Waters, mais aussi par son amour débordant pour la capitale romaine. Une des dernières choses que Julian nous a dit (bien qu’il ait été bien plus éloquant que mon résumé) est que pour vraiment bien connaître les lettres, elles doivent faire partie de notre cerveau, elles doivent être vues comme des formes plutôt que des lettres, afin qu’on puisse les dessiner à l’envers ou en miroir… ce qu’il s’est empressé de d’exécuter devant nos yeux!

(fig 08)

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RÉSUMÉ D’ATELIER – LETTRINES – PETER THORNTON

par Didi Irwin

Résumé d’un atelier sur les lettrines donné par le calligraphe Peter Thornton, des États-Unis. Cet article avait été publié dans L’Arabesque de juin 1989.

La première chose qui nous frappe chez Peter Thornton est son grand sens de l’humour. Jumelé avec son enthousiasme contagieux pour l’art de la calligraphie, cela a donné un atelier amusant et productif. Et même si mon amie Cynthia et moi étions entourées des meilleurs calligraphes de Montréal, Peter ne nous a jamais fait sentir que nos efforts étaient inadéquats ou sans importance.

Pour commencer l’atelier, nous avons aiguisé des crayons de plomb à l’aide d’un couteau, comme on prépare des plumes. Le fait d’avoir des mines très longues nous empêchait de peser trop fort pour écrire. On pouvait aiguiser la pointe de nouveau en la passant sur du papier sablé.

Peter nous a parlé de l’histoire de l’enluminure et de l’évolution de la théorie des « contraires ». Pour comprendre quels alphabets juxtaposer, on doit penser selon les compléments et les contrastes, et non selon les conflits. Prenons comme exemple l’italique et l’onciale. Elles se complémentent bien, un peu comme du gris et du rose. Une majuscule colorée est immédiatement visible dans une page. Lorsque vous avez recours à de la couleur, appliquez celle-ci à plus d’un endroit dans le texte, comme un écho, afin de donner du corps à l’ensemble. Les scribes utilisaient du bleu (du lapis-lazuli broyé), du rouge, de l’or et du vert (un garçon d’étable cueillait des cristaux verts formés sur les tas de fumier et quelqu’un d’autre les broyait). Voici quelques qualités de l’écriture gothique à considérer quand on cherche son contraste.

La gothique est :

- angulaire

- étroite

- statique

- noire

Son contraire sera :

- rond

- large

- fluide

- coloré

Peter nous a d’abord demandé d’écrire des lettres sur des portées de 1,8 cm (5/8 de pouce). Les questions suivantes ont été soulevées :

  • Si vous ne savez pas quelle taille donner à votre majuscule, prenez-en une déjà écrite et doublez-en la taille, ou dessinez quelques variantes et choisissez celle qui vous semble esthétiquement la meilleure.
  • L’empattement doit toujours être marqué ; ne l’atténuez pas. L’esprit de cet alphabet est d’avoir des contrastes dramatiques entre les pleins et les déliés ; il n’y a rien de graduel ou de subtil.

(Fig. 01)

Versals_fig01_fr

Pour de bons modèles, on peut regarder les psautiers du 12e siècle.

  • Gardez votre crayon à la verticale quand vous écrivez.
  • Les lettres devraient être amplement espacées.
  • Pour les lettres rondes, dessinez toujours la courbe intérieure en premier :

1.     Dessinez un trait vertical ;

2.     Estimez le centre optique ;

3.     Tracez un cercle qui chevauche le centre ;

4.     Reliez les traits extérieurs pour créer la contreforme. (Pensez à une piste de course.)

(Fig. 02)

Versals_fig02

  • Pour rendre une lettre ronde plus épaisse, changez la contreforme (l’intérieur de la lettre).
  • Assurez-vous que la partie la plus épaisse de la lettre se retrouve au-dessus du centre optique, sinon la lettre paraîtra affaissée.
  • Quand vous dessinez le côté gauche de la lettre, regardez le côté droit de votre plume, et vice-versa, pour le côté droit de la lettre. Ainsi, vous aurez une transition plus douce d’un trait à l’autre.
  • Ne courbez pas vers le haut l’empattement supérieur G et du C.
  • Ne donnez pas trop de fioriture à la volute du R, et ne la laissez pas déraper vers le bas. Imaginez une larme dorée.

(Fig. 03)

Versals_fig03_fr

  • Plus la lettre est épaisse, plus la contreforme sera étroite.
  • Pour remplir la lettrine, peser avec la plume en haut de la lettre et tirez la goutte d’encre ainsi crée vers le bas.
  • Les fioritures : pour se guérir de la peur de « grafigner » le papier, pratiquez vos fioritures dans les airs, au-dessus de la feuille, avant de les tracer. La main doit être assez légère pour faire des fioritures.

Peter travaille beaucoup sur du papier noir avec de l’encre blanche opaque (Dr. Ph. Martin’s Bleed Proof White), qu’il mélange avec de l’aquarelle pour ajouter des teintes subtiles. Peter admet que ses œuvres respirent la tranquillité. Nous sommes tous d’accord pour dire qu’elles sont magnifiques.

Peter a présenté un diaporama de certaines de ses œuvres, incluant une belle calligraphie inspirée d’une chanson de Roy Orbison, A Love So Beautiful. Nous avons écouté cette chanson en regardant les diapositives de cette œuvre, qui montre un soleil doré dans le haut et des petites dorures dans toute la page. L’œuvre était fluide comme la chanson ; nous avions tous la larme à l’œil à la fin.

Pour terminer, Peter a montré sa version de lettrines modernes. Sa théorie consiste à ne pas les faire ressembler à des lettres tracées au pochoir. L’idée derrière sa technique est que les lettres tracées au pinceau devraient conserver les traits très mous du pinceau. On peut ajouter des fioritures à ces lettres.

Peter avait apporté quelques œuvres afin de nous les montrer ; je les ai trouvées toutes plus belles les unes que les autres et j’étais impressionnée. C’était un excellent atelier et Peter était un professeur charmant.

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L’ANGLAISE

Par Pat Poitras

Extraits d’un résumé d’atelier paru dans L’Arabesque en janvier 1983.

Les 4 et 5 décembre 1982, quelque 15 calligraphes enthousiastes se sont retrouvés au YMCA de Hampton pour participer à un atelier intensif sur l’Anglaise, donné par Trudy Novack. [...]

La base de cette écriture consiste en un trait descendant épais (plein) et un trait ascendant mince (délié), que l’on complète par des fioritures.

L’Anglaise a été développée par les Français au 17e siècle. Les Anglais s’en sont ensuite servi dans leur perfectionnement de la technique de gravure sur des plaques de cuivre, qu’ils utilisaient en imprimerie, aux 18e et 19e siècles, d’où son nom anglais, Copperplate.

Avec le temps, une variation de cet alphabet perdit les pleins caractéristiques et s’appela la Spencerian. Cette nouvelle écriture évolua pour donner la Palmer, qui servit de méthode d’écriture, encore enseignée aujourd’hui dans la plupart des écoles primaires. L’avènement du stylo-bille lui a fait perdre son attrait. Cet instrument a permis d’acquérir plus de vitesse, mais au sacrifice de la beauté, car les délicates fioritures de l’Anglaise demandaient une plume fine et du temps d’exécution.

Trudy [...] nous a expliqué que si l’on parle d’un angle de 5 degrés à partir de la verticale pour l’Italique, on parle plutôt d’un angle de 55 degrés à partir de l’horizontale pour l’Anglaise.

Un petit truc : quelques gouttes de gomme arabique régularisera le débit de l’encre, ou alors, on peut laisser la bouteille débouchée pendant quelques jours.

Le meilleur matériel à utiliser pour cette écriture est l’encre Higgins Eternal, le papier Hammermill Bond (1), une pointe Hunt 101 de Speedball et un porte-plume coudé.

Trudy utilisait sa pointe Brause (2), mais elle nous a conseillé d’attendre d’être plus habile, d’avoir plus d’expérience avant de l’utiliser; la pointe est fragile et peut se casser dans les fibres du papier.

[...]

En terminant, rappelons-nous qu’il faut 10 % de talent, 40 % de patience et 50 % de pratique pour devenir un(e) calligraphe hors pair. Ce sont des paroles que Hermann Zapf a prononcées au cours d’un atelier au Rochester Institute en août 1982.

___

Notes de l’éditeur :

(1)  Ce papier est maintenant plus difficile à trouver. Nous suggérons le papier Triomphe de Clairefontaine, ou tout papier d’imprimante de bonne qualité, tel le Xerox laser 24lb.

(2)  Nous supposons qu’il s’agit de la pointe Brause 66EF.

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AMÉLIORER SON ITALIQUE, AVEC SHEILA WATERS

Par Sheila Usher

Originalement publié dans L’Arabesque, décembre 1989. Cet article touchait de nombreux sujets; nous nous arrêtons ici aux points concernant le perfectionnement de l’italique.

Avant l’atelier de Sheila Water, nous devions préparer une ou deux pages dans un alphabet que l’on voulait améliorer; la plupart des participants ont opté pour l’italique.

Sheila a dit que l’italique renferme beaucoup des principes de base de la calligraphie. «Si vous devenez bon dans un style, ça se transférera ailleurs. » L’italique est plus difficile à exécuter que d’autres alphabets: « C’est une des écritures les plus difficiles à bien réussir. Il y a plus de variables que dans d’autres alphabets. »

Variables de l’italique. L’image que chaque personne a d’un ‘o’ ovale est différente; l’inclinaison des lettres peut varier entre 0 et 20 degrés; l’arche des lettres peut être pointue ou ronde; les embranchements peuvent commencer un peu partout sur le fût. Les lettres peuvent varier en largeur, de très étroites à très larges, mais doivent être de largeur uniforme dans une même oeuvre. L’inclinaison et la hauteur d’amorce de l’arche doivent également être uniformes.

Sheila nous a appris que, contrairement à l’idée populaire, l’italique se base sur la forme du ‘u’ et du ‘n”, pas sur l’ovale. On doit se départir de l’idée que l’italique est ronde. On doit plutôt voir la lettre comme deux côtés parallèles avec une courbe dessus et dessous. Aussi, toutes les lettres basées sur le ‘a’ et le ‘n’ auront des côtés parallèles.

Angle de la plume. Si la plume forme un angle de 45 degrés avec la ligne d’écriture, les traits horizontaux et verticaux seront de la même épaisseur. Si l’angle est plus petit, le trait horizontal sera plus fin que le trait vertical. L’angle de 45 degrés est un compromis entre l’angle requis pour les lettres et la minceur requise pour les déliés. Dans un alphabet à arches comme l’italique, plus les lettres sont étroites, plus la plume doit s’incliner vers la verticale pour que les déliés soient assez délicats. Pour des lettres plus larges, on réduit l’angle de la plume. Plus la lettre est large, plus l’angle est plat, c’est-à-dire plus il approche zéro degré.

Forme. Les côtés du ‘p’ et du ‘b’ sont comme un ‘n’; le coin inférieur droit est comme un ‘o’; la courbe du dessous comme un ‘c’. La hampe du ‘p’ ne doit pas être recourbée vers le haut, formant ce que Sheila appelle un « seau ». Moins il y a de ces seaux accrochés aux hampes, plus vos lettres seront belles.

“Si vous réussissez à faire un beau ‘a’, dit Sheila, vous pouvez réussir toutes les lettres; le ‘a’ est probablement la lettre la plus cruciale de l’italique.” Elle commence comme un ‘o’ mais continue comme un ‘u’. Il est préférable de la baser sur le ‘u’ plutôt que sur le ‘o’.

Espace entre les lettres. Les espaces entre les lettres et à côté des lettres devraient être égaux; cela aide l’oeil à parcourir la ligne sans effort.  Une lettre devrait aussi être modifiée selon son entourage. Ainsi, pour un ‘r’ suivi d’un ‘i’, ‘m’, ‘n’ ou ‘y’, Sheila nous conseille d’éliminer l’empattement au début de la seconde lettre, pour refermer un peu le grand espace sous le ‘r’.

Pour espacer uniformément, on doit anticiper quand on calligraphie. Pendant qu’on dessine un trait, on doit avoir en tête le trait suivant. On doit visualiser au moins un trait plus loin que ce que la main est en train d’écrire. L’uniformité et l’anticipation sont de première importance pour apprendre le bon espacement.

Améliorer son italique

Figure 1

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L’ANGLAISE AVEC YANNICK DURAND

Par Jean-Luc Ferret

Extraits d’un résumé d’atelier paru dans L’Arabesque à l’été 1993.

Le 16 janvier dernier, six personnes se sont réunies chez Yannick pour étudier sa version “française” de “l’anglaise” (copperplate). D’ailleurs les jeux de mots et autres blagues ne sont pas arrêtés là: ce fût une journée de bonne humeur et d’intercommunication d’autant plus intense que la “gang” était plus réduite et le cadre plus informel que lors des ateliers habituels.

Pour ceux qui ne connaissent pas encore Yannick, c’est une calligraphe de niveau avancé formée à Toulouse (midi de la France) et qui travaille depuis un an et demi à Montréal. Son approche « continentale » de la calligraphie est donc sensiblement différente de celle de notre réseau anglo-américain.

Ma première curiosité a été de me faire donner le vocabulaire français de certains mots dont on a l’habitude en anglais. En voici: “la chancellerie” = l’italique; “un crayonné” = tracé au crayon précédant le trait à l’encre, par exemple pour mettre en place une fioriture ; « linéaire » = monoligne. Pour finir, un pangramme d’outre-Atlantique : « portez ce vieux whisky au juge blond qui fume ». Mettez donc ça dans votre pipe !…

Pour exécuter l’anglaise, Yannick tient la plume perpendiculaire à la portée et non parallèle à la pente, ce qui permet de garer le papier droit et aussi d’exécuter des « têtes » et des « pieds » carrés.  Autres variations : dans une lettre ronde, le plus « gras » de l’arrondi du plein est sensiblement vers le bas. Aussi, la « tête » des fûts dans g, j, p, q et y est fine et non carrée. Les ascendantes et descendants sont plus courtes (même hauteur que le corps). Autant de variantes permettant une allure plus vivante, spontanée et manuscrite que la plupart des fontes typographiques que nous aurions tendance à imiter.

Les majuscules, que nous avons travaillées ensuite sont encore plus différentes, très belles et décoratives. Et nous avons fini par étudier toutes sortes de fioritures pouvant rehausser nos minuscules y compris en doublant le trait (difficile !). Une autre originalité est le fait de changer l’angle de la plume parallèle à portée pour certains traits ou encore de revenir de la même manière sur un trait fin horizontal pour le transformer en plein.

Cet atelier a renforcé ma conviction de l’avantage de vivre au Québec, au confluent de deux influences culturelles majeures, avec la possibilité de s’ouvrir au point de vue de l’autre et ainsi s’enrichir. Merci Yannick.



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